Déforestation importée : comprendre le problème et agir

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Déforestation importée

Lorsque vous achetez une tablette de chocolat, du café ou des produits à base de soja, vous participez peut-être, sans le savoir, à la destruction de forêts tropicales situées à des milliers de kilomètres. Ce phénomène a un nom : la déforestation importée. Il désigne la part de déforestation mondiale que notre pays déclenche indirectement via ses importations de matières premières. En Suisse, ce sujet dépasse le débat environnemental : il touche à notre alimentation quotidienne, à la réglementation européenne, et à des décisions que consommateurs, entreprises et pouvoirs publics peuvent prendre dès aujourd’hui.

Qu’est-ce que la déforestation importée ?

La déforestation importée désigne la destruction de forêts survenant à l’étranger pour produire des biens consommés dans un autre pays. La forêt n’est pas détruite chez nous, mais notre consommation en est la cause indirecte. C’est en ce sens qu’elle est dite « importée » : on importe la déforestation avec les produits qui en sont issus.

Les produits au cœur du problème

Quatre filières concentrent l’essentiel de la déforestation importée : le cacao, le café, le soja et l’huile de palme. À ces filières s’ajoutent le bois, le caoutchouc et, plus récemment, la viande bovine. Les zones touchées sont principalement les forêts tropicales d’Amérique du Sud (Amazonie, Cerrado brésilien), d’Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Ghana) et d’Asie du Sud-Est (Indonésie, Malaisie). Dans le cas du cacao, la Côte d’Ivoire et le Ghana fournissent ensemble la majorité des fèves importées en Europe. Or ces deux pays ont perdu une part importante de leur couverture forestière au cours des dernières décennies, en lien direct avec l’expansion des plantations.

Une responsabilité indirecte, mais mesurable

La distinction avec la déforestation locale est importante. En Suisse, nos forêts sont relativement bien protégées. Mais notre empreinte sur les forêts mondiales passe par les chaînes d’approvisionnement. Le WWF Suisse a calculé que la production des matières premières agricoles et forestières importées en Suisse nécessite une surface représentant environ la moitié de la superficie des forêts de notre pays.

Des filières spécifiques à surveiller

Parmi les importations suisses, certaines filières se distinguent par leur niveau de risque :

  • Le cacao : plus de la moitié des importations suisses provient de pays classés à risque élevé ou très élevé de déforestation.
  • Le café : près des trois quarts des importations suisses viennent de pays à risque similaire.
  • Le soja : il est importé en grande partie du Brésil, où il est associé à la destruction du Cerrado et de l’Amazonie. La majorité du soja importé en Europe est destinée à l’alimentation animale, ce qui crée un lien direct entre nos habitudes alimentaires (viande, œufs, produits laitiers) et la déforestation.

La Suisse n’est pas isolée dans ce constat : tous les pays consommateurs à hauts revenus partagent une empreinte forestière similaire, parfois supérieure.

Qu'est ce que la déforestation importée ?

Le cadre légal : l’EUDR et ses limites

La réponse réglementaire la plus structurée à ce jour vient de l’Union européenne. La Suisse, qui n’est pas membre de l’UE, n’est pas directement soumise à ce texte, mais les entreprises suisses qui exportent vers l’UE, elles, le sont.

Ce que dit l’EUDR

L’EUDR impose aux opérateurs mettant sur le marché européen des produits comme le cacao, le café, le soja, l’huile de palme, le bois ou le caoutchouc de démontrer qu’ils ne proviennent pas de terres ayant fait l’objet de déforestation après le 31 décembre 2020. Les entreprises doivent assurer une traçabilité jusqu’à la parcelle de production et soumettre une déclaration de diligence raisonnable via le système d’information européen prévu par le règlement.

Un calendrier repoussé à plusieurs reprises

L’application de l’EUDR, initialement prévue pour le 30 décembre 2024, a été reportée d’un an, au 30 décembre 2025 pour les grandes entreprises et au 30 juin 2026 pour les micro- et petites entreprises, afin de permettre aux opérateurs et aux autorités compétentes de se préparer à sa mise en œuvre.

Comment agir à son niveau ?

La déforestation importée n’est pas une fatalité. Des leviers existent à chaque niveau.

Ce que le consommateur peut faire

La consommation est le point de départ le plus accessible. Quelques ajustements concrets :

  • Réduire la consommation de viande, notamment de bœuf : la viande bovine, via le soja utilisé pour l’alimentation animale, est l’un des premiers vecteurs de déforestation importée.
  • Choisir des produits certifiés : les certifications ou certains labels bio réduisent le risque, sans l’éliminer totalement. Vérifier que la certification porte bien sur la gestion des forêts, pas seulement sur les conditions sociales.
  • Opter pour le chocolat et le café traçables : de plus en plus de marques publient le nom de leurs coopératives partenaires et la provenance exacte des fèves ou des grains.

Ces gestes individuels ont un impact limité s’ils restent isolés, mais ils envoient un signal aux marques sur les préférences des consommateurs.

Le rôle des entreprises et des pouvoirs publics

À l’échelle des entreprises, l’anticipation de l’EUDR est devenue une nécessité pour toutes celles qui exportent vers l’UE. Cela implique de cartographier ses chaînes d’approvisionnement, de travailler avec des fournisseurs engagés dans des pratiques durables, et de publier des informations de traçabilité. À l’échelle politique, la Suisse peut s’inspirer du modèle européen pour développer ses propres exigences en matière de due diligence forestière, que ce soit par voie législative ou par des accords volontaires sectoriels.

Questions fréquentes sur la déforestation importée

Qu’est-ce que la déforestation importée ?

La déforestation importée désigne la destruction de forêts survenant à l’étranger pour produire des biens consommés dans un autre pays. Un pays « importe » la déforestation lorsque ses achats de matières premières (cacao, café, soja, huile de palme, bois) encouragent le défrichement de forêts tropicales sans que cette destruction ait lieu sur son propre territoire.

Quels produits sont les plus concernés en Suisse ?

Le cacao, le café, le soja (surtout via l’alimentation animale) et l’huile de palme sont les principaux produits associés à la déforestation importée. La viande bovine, via les cultures fourragères, est également un vecteur important. Ces filières impliquent des pays producteurs à risque élevé comme le Brésil, la Côte d’Ivoire, l’Indonésie et la Malaisie.

La certification suffit-elle à garantir qu’un produit n’est pas lié à la déforestation ?

Pas toujours. Les certifications imposent des critères importants, mais chacune a ses angles morts. Aucune ne garantit à 100 % l’absence de lien avec la déforestation, notamment en raison de la complexité des chaînes d’approvisionnement. Elles restent cependant un indicateur utile, surtout lorsqu’elles sont combinées à une traçabilité jusqu’à la parcelle.

Lectures complémentaires :

  • https://bmf.ch/fr/nouveautes/la-suisse-sous-pression-le-conseil-federal-doit-mettre-fin-a-la-deforestation-importee-263
  • https://trade.ec.europa.eu/access-to-markets/en/news/application-eudr-regulation-deforestation-free-products-delayed-until-december-2025
  • https://www.bafu.admin.ch/fr/politique-forestiere-internationale-de-la-suisse
  • https://www.wwf.ch/sites/default/files/doc-2021-03/WWF_Risky_business_FR%20revised.pdf
  • https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2021-04/20210414_Rapport_Quand-les-europeens-consomment-les-forets-se-consument_WWF.pdf